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Réflexion tragique – 17 mai 2018

Cette suite à ma synthèse d’hier comprend deux parties :

une réflexion tragique que je me devais d’écrire puisqu’elle me trotte dans la tête depuis déjà plusieurs jours,

et une suite des échanges très constructifs avec mon ami Christian.

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Je vois l’avenir en deux morceaux.

D’un côté notre monde industriel, à bout de souffle, prêt à connaître une accélération de son effondrement déjà avancé : diminution du travail vivant, remplacement des tâches de production par les machines, arrivée du revenu universel qui aggravera la perte de sens de la vie, arrivée en masse des réfugiés climatiques, risque chaque jour plus grand d’un bug informatique dont l’activité est exponentielle, d’un krach économique puisque la dette mondiale ne cesse encore et toujours d’augmenter et que l’explosion du coût du brut, irréversible, va arriver d’un moment à l’autre, 2020, 2025, peu importe l’exactitude de la prédiction, etc.

Et d’un autre côté la destruction de notre monde vivant, marquée actuellement par la disparition des insectes et des oiseaux qui fait la une des journaux, accompagnée de la perte des savoir-faire ancestraux. Et le cheptel animal a disparu. Et la fertilité des terres s’est effondrée. ET…

Que nous restera-t-il ? Rien. Nous allons nous retrouver à poil. Étrange ressemblance avec l’apocalypse, ne trouvez-vous pas ?

(7 juin) Que faut-il donc faire ?! Arrêter de compter sur le monde industriel. Raviver, rapidement, l’artisanat. Qu’il en soit encore temps, ou pas : dans tous les cas c’est la seule issue viable. Avant, pendant ou  après l’effondrement. Et le raviver collectivement, seule manière d’aller vite, car il me semble que sur ce terrain-là, celui du retour massif à l’artisanat, la décroissance ne peut pas se satisfaire de la lenteur.

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Le 16 mai, Christian m’écrit ce mail, très significatif de ce que j’exprimais le lundi précédent en présence de Pierre Grosser :

Robin,


il n’y a pas à aller très loin pour chercher des exemples de « société artisanale » : je suis né en 1946 et j’ai très bien connu cette société chez mes grands parents paternels dans le village de Bussière Boffy et chez l’oncle de mon père à Collandres dans le Cantal . J’ai donc connu un village de paysans des plaines (300 m d’altitude) et un petit village de montagne ( 1000 m) . A Bussière Boffy il y avait quatre bistrots pour la vie sociale, un faisait cinéma le dimanche ( Don Camillo..) , un tabac journaux , un forgeron ( qui cerclait les roues de charettes et ferrait boeufs et chevaux, il s’est mis plus tard à réparer les vélos), un cordonnier bourrelier ( sabots, selleries), un menuisier , un charpentier qui employait un aide, un maçon qui avait deux ouvriers,  une boulangère qui employait un mitron, mon grand père qui avait une charrette pour vendre dans les hameaux le peu qu’on ne produisait pas sur place (farine, sardines en boîte, harengs saurs, morue séchée, sel, sucre, poivre, huile, mercerie…) pendant que ma grand mère recevait dans sa boutique les rares clients du village . Il y avait bien sûr quatre gros propriétaires terriens qui avaient des fermiers et des métayers, un médecin, un curé, un postier facteur et un couple d’instituteurs . Tout le monde avait son jardin, ses arbres fruitiers, ses poules, ses lapins et même ses cochons d’inde (eh oui, j’en ai mangé !) et allait un peu à la chasse . beaucoup avait une parcelle de bois pour le chauffage et la cuisine  on avait l’eau au puits et les toilettes au fond du jardin avec de vieux journaux comme PQ . on s’éclairait à la lampe à pétrole et à la bougie, pour faire marcher la machine à coudre il fallait pédaler ,on lavait le linge à la main et le soir on glissait des briques chaudes dans les lits . On n’utilisait pas d’insecticide mais du papier tue-mouche. On réparait tout, des vêtements qu’on reprisait à la vaisselle qu’on faisait recoller et agrafer par le rémouleur . Il n’y avait que quatre voitures dans le village et, pour s’approvisionner, mon grand père allait une fois tous les quinze jours avec sa charrette chez son grossiste à Bellac Pour se faire soigner, il fallait aller par le car à l’hôpital de Limoges ou à celui de Saint Junien ou de Bellac.

Réflexion tragique - 17 mai 2018


La vie à Collandre était différente, les éleveurs faisaient paître leur vingtaine de vache dans la montagne communale, récoltaient le foin pour l’hiver dans leurs champs et n’avaient comme revenu que la vente de lait. Le cousin de mon père, célibataire faisait un peu de miel et pêchait . Ils avaient des poules, des lapins, des oies et des cochons.


Que ça soit à Bussière ou à Collandre, je n’ai jamais entendu personne se plaindre et j’ai toujours eu l’impression que les gens étaient satisfaits même s’ils marquaient déjà une jalousie et un peu de moquerie pour les gens qui venaient « de la ville » où ils travaillaient dans « des bureaux »


C’était une époque où il fallait se créer son capital et s’inventer son métier : mes grands parents ont dû servir dix ans comme domestiques dans des châteaux pour avoir de quoi acheter une maison, un jardin, une parcelle de bois, une charrette et un cheval . La tante de mon père ne s’est jamais mariée, elle est restée aider le ménage de son frère pour ne pas partager la ferme . Un seul cousin de mon père a pu rester dans la ferme, l’un a fait un apprentissage de fleuriste et s’est installé à Riom es montagnes, une petite ville mais il faisait tout, il fabriquait les gerbes et les couronnes et avait un jardin pour ses fleurs .L’autre est devenu tourneur fraiseur et s’est fait embaucher dans une usine de Poitiers .


Ce n’est qu’à la génération suivante, celle de mes parents que l’emploi salarié s’est développé : l’administration a fleuri au même rythme que les usines de meubles, de vêtements, d’automobiles et d’électro ménager et ça a continué avec la mienne puisque des marchés extérieurs ont pris le relais du marché intérieur…


En travaillant dans l’industrie, j’ai senti l’essoufflement : en 82 déjà, j’ai quitté l’industrie lourde de la papeterie où quelques machines de 7m de large tournant à 1000 m/mn remplaçait de nombreuses machines de 2.5 m de large marchant à 250 m/mn pour aller en agro- alimentaire où il restait des projets mais, là encore , j’ai vu fermer des usines et partir des machines.


Je suis témoin de ces « modes de vie » successifs et, déjà quand mes filles faisaient leurs études, je ne savais pas vers quoi les diriger : j’avais compris que l’industrie régressait , que l’administration qui avait grossi sur son dos allait elle aussi devoir diminuer de taille et qu’aucun politique ne saurait inventer de modèle alternatif


j’ai écrit des dizaines de pages pour expliquer à mes petits enfants à quoi ressemblait le monde avant eux pour qu’ils sachent que des gens ont vécu correctement autrement , je leur en parle souvent et leur ai fait visiter Bussière Boffy….

Amicalement, Christian

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17 mai 2018, ma réaction :

Tu oublies de dire que ce mode de vie était écologique, vivable, durable sur des millénaires.

Et pourtant ta conclusion n’est pas la mienne…. Je ne te comprends pas. Que proposes-tu pour l’avenir ? Rien ? Un retour à l’artisanat te fait-il ricaner toi aussi, après ce que tu viens d’écrire ?

Bien amicalement,

Robin

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